Magie

La Magie

 La magie ou, plus précisément les magies sont un ensemble de techniques, de pratiques ou

d'ascèse, tant intellectuelles que psychiques, physiques ou psychologiques, visant une action

mentale ou une réalisation sur le plan matériel.

Il est malaisé de définir le mode d'action de la magie. Selon le type même de sa mise en oeuvre

ou de sa qualité, une magie "fonctionne" soit en intervenant au niveau du divin par invocation ou

demande aux forces supérieures, soit en interférant dans le plan astral (c'est le cas de la magie

symbolique ou de certaines formes de la Kabbale), soit en évoquant des forces inférieures (goétie,

théurgie ainsi que certaines magies cérémonielles et sorcelleries). La magie peut également

utiliser des forces naturelles peu connues, en utilisant des processus techniques parfois très

simples. Ces dernières pratiques canalisent ou potentialisent des énergies en jouant sur des

processus physiques, physiologiques ou symboliques la plupart du temps inconnus des profanes

{sorcellerie, tellurisme. magies sexuelles, radioniques}. Un autre procédé usité par quelques

maîtres fait appel à la création et à la manipulation d'égrégores {sorcellerie. magie cérémonielle,

magies religieuses, magie sexuelle).

En fait. les magies utilisent souvent conjointement l'ensemble de ces méthodes.

Aucune définition absolue ne peut être donnée en quelques phrases, c'est de l'étude qu'une vérité

naîtra dans la conscience de l' étudiant. Qu'il me soit permis de souligner que l'effort et la

persévérance sont absolument indispensables.

Si les règles de la magie sont cataloguées, les vérités qui se dégageront seront personnelles et

fonction de, l'élévation spirituelle de l'initié.

La magie est un syncrétisme de sciences relativistes où des vérités contraires en apparence

peuvent se concilier, voire se conforter. Ces sciences ne sont pas d'un abord simple; dans ce

cours, aucune concession à la facilité, les amateurs de grimoires sont donc priés de retourner à

leurs chères études qui ne les mèneront qu'à une perte de temps ou à l'abêtissement. Ils auront

donc ce qu'ils ont cherché et cela est juste.

Il y a une attitude magique. Il ne s'agit pas d'avoir la "foi du charbonnier", mais il convient

d'éviter à tout prix une explication ou une compréhension par rapport à un acquit culturel. Nos

connaissances, notre culture sont cartésiennes et matérialistes. Il est indispensable de procéder à

un décapage culturel préliminaire pour aborder les disciplines traditionnelles. Le langage et les

méthodes d'analyse du cartésianisme se référant à une logique qui leur est propre ne peuvent que

déformer: voire fausser complètement la compréhension du "monde magique".

La magie, comme la sorcellerie ou la Kabbale possèdent leurs propres systèmes de références,

leur logique interne qui ne sont pas ceux du monde profane. De la même façon, en mathématique,

on ne peut expliquer un système logique par un autre. Par exemple il est impossible d'expliquer la

géométrie de Nicolai Lobatchevski par la géométrie d'Euclide (le résultat serait absurde et

procèderait de certaines formes spécieuses de la dialectique marxiste).

Il faut nécessairement effectuer un changement d'axiomatique, un décapage culturel liminaire,

remplacer un monoïdéisme par une plus grande ouverture d'esprit. Il faut impérativement

oublier de se référer à des connaissances acquises, c'est l'effort indispensable qui s'impose à qui

veut aborder les hautes sciences de la tradition, autrement que d'une manière superficielle. Peu à

peu, la conscience magique se développe, constituant un nouveau potentiel culturel de référence.

Cette manière de procéder a l'avantage de faire surgir à divers niveaux, chez les étudiants de

"l'art", des fragments d'un savoir archétypal liés la plupart du temps aux racines ethniques de

l'individu. Tout se passe comme si ressurgissaient certaines connaissances que possédaient nos

ancêtres lointains. L'être humain est une créature magique (nous reviendrons sur ce point).

Des nouvelles conceptions voient actuellement le jour dans le domaine de la psychologie. A tel

point que l'on assiste à une "récupération" totale des idées, concepts et méthodes de la tradition

magique par les spécialistes de ces disciplines. Est-ce à dire que l'on pourra désormais se passer

de la filiation traditionnelle pour se former en ésotérisme ? Certainement pas. Les psychologues,

malheureusement pour eux, sont limités à une explication "rationnelle" ou analytique des

phénomènes et intègrent l'aspect mental ou intellectuel sans tenir compte du sentiment religieux

ou poétique. Ils ne peuvent, sauf en de très rares occasions, passer au plan pratique indispensable

en sorcellerie et en chamanisme. Pour en revenir à l'aspect récupération, il suffit de citer les

techniques de Programmation Neuro Linguistique (PNL) qui ne sont pas autre chose que la

pratique de ]a visualisation et de la mise en condition volontaire de la sorcellerie traditionnelle

depuis quelques millénaires ! La PNL est absolument identique à certaines pratiques initiatiques

avec un simple changement de vocabulaire (à l'exclusion bien sûr de l'aspect magique pur). Il ne

faut pas se laisser abuser par des apprentis sorciers, alors qu'on peut rencontrer des adeptes

authentiques. Pour sortir de son marasme, la psychologie vole ]es pots de confiture de la magie et

change les étiquettes. Ce n'est pas grave en soi, il suffit de le savoir .Ces nouvelles théories et

leurs recherches connexes sont d'une grande utilité pour l'approfondissement de la pensée

magique, et surtout elles permettent d'en mieux comprendre les mécanismes, sans sombrer dans

la superstition.

C'est cet effort, sous un aspect plus traditionnel, que nous devons poursuivre pour retrouver

l'intégralité de la connaissance et régénérer l'harmonie des traditions qui ont souffert de deux

mille ans d'occultation et de dénigrement de la part de religions telles que l'islam et le

christianisme.

 

 

 

DEFINITION. DE LA MAGIE

SELON

DIVERS AUTEURS

 

1) D'après l’Encyclopédie théologique de l'abbé Migne. Paris 1852. vol. 49, Page 23.

« MAGIE ET MAGICIENS :

« La magIe est l'art de produire dans la nature des choses au-dessus du pouvoir des hommes, par

le secours des démons; ou en employant certaines cérémonies que la religion interdit Celui qui

exerce cet art est appelé magicien, On distingue la magie noire, la magie naturelle, la

coelestialis. c est à dire l’astrologie Judiciaire, et la caeremonialis; cette dernière consiste dans

l’invocation des démons; en conséquence d’un pacte formel ou tacite fait avec les puissances

infernales: Ses diverses branches sont: la cabale, l’enchantement; le sortilège, l'évocation des

morts et des esprits malfaisants, la découverte des trésors cachés et des plus grands secrets, la

divination, le don de prophétie, celui de guérir par les techniques magIques et par des pratIques

mystérieuses les maladies les plus opiniâtres; de préserver de tous maux, tous dangers, au moyen

d'amulettes, de talismans, la fréquentatIon du sabbat, etc...

« La magIe naturelle, selon les démonologues, est l'art de connaÎtre l'avenir et de produire des

effets merveIlleux par des moyens naturels, mais au-dessus de la portée du commun des hommes,

la magie artificielle est l'art de fasciner les yeux et d'étonner les hommes, ou par des automates,

ou par des escamotages ou par des tours de physique. La magie blanche est l'art de faire des

opérations surprenantes par l'évocation des bons anges, ou sImplement par adresse et sans

évocatIon. Dans le premier cas on prétend que Salomon en est l’Inventeur, dans le second, la

magIe blanche est la même chose que la magie naturelle, confondue avec la magie artificielle. La

magIe noire ou diabolique. enseignée par le diable. et pratiquée sous son influence, est l'art de

commercer avec les démons, en conséquence d’un pacte fait avec eux; et de se servir de leur

ministère pour là faire des choses au-dessus de la nature. C'est de cette magie que sont accusés

ceux que l’on appelle proprement magiciens. Cham en a été, dit-on, inventeur ou plutôt le

conservateur car Dieu n'envoya le déluge que pour nettoyer la terre des magiciens et des sorciers

qui la souillaient. Cham enseigna la magIe et la sorcellerie à son fIls Misraïm, qui pour les

grandes merve1lles qu’il faisait fut appelé Zoroastre. On dit qu’il avait composé cent mille vers

sur ce sujet; et qu’il fut emporté par le diable en présence de ses disciples.

« Il n’est pas nécessaire d’établir ici la vérité des fait rapportés dans l’écriture sainte sur la

magie et les magiciens: Ils ne sont contestés que par la mauvaise foi. des Incrédules qui ont leur

parti pris de nier: »

Ce texte qui comporte un certain nombre d'erreurs et de confusions démontre assez clairement les

"rejets typiques" qu'une certaine culture théologique peut faire des arts magiques.

2) D'après le Dictionnaire, historique, critique, chronologique de la Bible par le R.P. Don

Augustin Calmet. Toulouse 1783, tome 3. page 501.

«Magie :

Il y a plusieurs sortes de magies. La loi de Dieu condamne toutes celles qui ne sont point

naturelles, et où l'on emploie les conjurations et les invocations du démon ; en un mot toute

magie noire et toutes les manières superstitieuses que les magiciens et les sorciers, les

enchanteurs, les nécromanciens, les exorcistes, les astrologues, les devins, les interprètes des

songes, les diseurs de bonne aventure, les tireurs d'horoscope emploient pour exercer leurs arts

diaboliques, soit pour nuire aux hommes ou pour leur procurer la santé ou d'autres avantages.

Dieu défend de consulter les magiciens, sous peine de la vie. Il menace d'exterminer ceux qui les

consulteront en secret. Saül fit ce qu'il put pour les chasser du pays d'Israël. Mais il ne put

empêcher qu'il ne s'y en trouvât, et que les Israélites ne fussent toujours adonnés à ces sortes de

superstitions. On sait que les magiciens du pharaon imitèrent par leurs enchantements les vrais

miracles de Moïse.»

Ecoutons maintenant un autre son de cloche, voici la définition donnée dans l'Histoire de la

magie d'Eliphas Lévi (abbé Constant) Ed. Paris 1860 page1.

«Depuis longtemps on confond la magie avec les prestiges des charlatans, avec les

hallucinations des malades et avec les crimes de certains malfaiteurs exceptionnels. Bien des

gens, d'ailleurs, définiraient volontiers la magie : l'art de produire des effets sans causes.

Et d'après cette définition, la foule dira, avec le bon sens qui la caractérise, même dans ses plus

grandes injustices, que la magie est une absurdité.

La magie ne saurait être ce que la font ceux qui ne la connaissent pas. Il n'appartient d'ailleurs à

personne de la faire ceci ou cela : elle est ce qu'elle est, elle est par elle même, comme les

mathématiques, car c'est la science exacte et absolue de la nature et de ses lois.»

Un peu plus loin l'abbé Constant précise :

«Pour un grand nombre de lecteurs, la magie est la science du diable. Sans doute. Comme la

science de la lumière est celle de l'ombre.»

Dans la définition qu'il donne de la magie, le comte Pierre Vicenti de Piobbeta essaye de fournir

un mode d'explication plus rationaliste. A un certain niveau, son formulaire de haute magie

propose des solutions intéressantes mais nettement insuffisantes en tout cas inspirées des

préceptes qu'offraient les adeptes de Cornelius Agrippa au Moyen Age. Voici la définition de l'art

qu'il donne dans Formulaire de haute magie, Editions Dangles, Paris, pages 12 et 13.

«Aujourd'hui le départage est fait entre ces trois modes de sciences anciennes que jadis on

confondait sous le même vocable.

L'astrologie traite des corps célestes dans leur nature et dans leurs mouvements : elle est une

science des mondes.

L'Alchimie s'occupe de la matière dans son essence et dans son évolution, elle complète la chimie

: c'est une hyper-chimie.

La magie se réserve les fluides qui sont à proprement parler une manifestation d'un état

énergétique de la matière et que la science actuelle connaît en partie, elle est une hyperphysique.

Mais il y a lieu de distinguer la science du charlatanisme, la religion de la superstition.

Le charlatanisme, c'est la hâblerie qui cherche à s'imposer en usurpant les procédés de la

science froide et positive.

La superstition, mot venant, ainsi que l'a justement fait remarquer Eliphas Lévi, d'un verbe latin

signifiant survivre, "c'est le signe qui survit à la pensée, c'est le cadavre d'une pratique

religieuse."

Et la basse magie est à la fois l'une et l'autre : c'est une superstition en ce sens qu'elle forme un

résumé de pratiques qui ont été raisonnables, et c'est un charlatanisme, parce que ces pratiques

ont été déformées, comme à plaisir, par des gens qui ne cherchaient qu'à illusionner leurs

semblables. De sorte que la basse magie n'est qu'une affreuse caricature de la science suprême

des mages et qu'elle mérite tout le mépris que les siècles lui ont témoigné en la dénommant tour à

tour : sorcellerie, goétie, ou magie noire.

La haute magie a donc droit à l'attention des gens les plus graves, des esprits les plus éclairés.

Elle apparaît comme une science très complète, parce que ses secrets ont été jusqu'ici voilés par

le mystère des symboles et qu'il demeure fort difficile d'en apercevoir les lois.

La haute magie repose sur le principe qu'il existe dans la nature des forces cachées que l'on

nomme fluides.

Ces fluides sont de trois natures :

1) Magnétique et purement terrestre ;

2) Vital et principalement humain ;

3) Essentiel et généralement cosmique.

Ce que sont les fluides magnétiques, il est inutile de le dire, la physique moderne se servant de

l'électricité d'une façon beaucoup plus complexe que les mages de l'Inde ou de la Perse, les plus

réputés des mages n'ont jamais pu le faire. Mais l'électricité n'est qu'une des formes des fluides

terrestres : les autres sont simplement soupçonnées par les savants.

Les fluides vitaux sont ceux auxquels il faut le plus communément attribuer les faits du

psychisme, c'est-à-dire les manifestations mystérieuses et hyper-physiques de l'être. Quant aux

fluides essentiels (et pour mieux dire cosmiques), ils sont d'un ordre plus élevé ; la magie seule a

osé s'en préoccuper ; ils coopéreraient à la direction générale de l'univers.

Mais il faut prendre garde aux noms par lesquels ces fluides étaient désignés dans l'antiquité ; ils

varient suivant la manière adoptée par chaque peuple pour en présenter les éléments d'une

théorie à un petit nombre d'initiés, et d'après cette considération demeurée secrète.

La haute magie envisage donc des forces peu connues, mais naturelles qui peuvent s'utiliser sous

quatre formes :

A) 1° l'homme agissant sur lui-même ;

2° l'homme agissant sur le monde extérieur à lui ;

B) 3° les fluides agissant dans l'astre (la terre) ;

4° les fluides agissant hors de l'astre (dans le système solaire).

Les deux premières formes se rapportent aux fluides répandus dans la nature.

De là, suivant les conceptions anciennes, deux sortes de magie : la magie microscopique (a) et la

magie macroscopique(b).

Mais chacune de ces quatre formes peut s'exercer sous deux modes : A) le mode personnel, B) le

mode cérémoniel.

Le mode est personnel quand le phénomène s'opère sans le secours d'aucun rite extérieur. Il est

cérémoniel dans le cas contraire.

C'est par ce dernier mode que la haute magie confine au domaine des religions.

On peut même dire que la religion, dans ses manifestations extérieures, ne saurait être autre

chose que de la haute magie cérémonielle.»

Les opinions de ces divers auteurs recouvrent à peu près l'ensemble des points de vue que l'on

rencontre sur le sujet. A notre sens, ces interprétations sont trop sèches et manquent de nuances,

elles empruntent des modes de pensée ayant cours aux différentes époques de leurs rédactions.

Ces appréciations sont trop inféodées au catholicisme et surtout font appel à une méthode

analytique cartésienne et rationaliste flagrante.

En matière d'ésotérisme, il faut se défier absolument des explications d'un mode de pensée par un

autre mode de pensée, surtout par une méthode formelle. La pensée magique est une pensée non

verbale, intuitive, possédant sa propre logique. L'ensemble des auteurs ayant écrit sur le sujet, mis

à part quelques kabbalistes, ont cherché à définir les arts magiques selon un point de vue proche

du structuralisme. Or, si le structuralisme a fait progresser l'étude des traditions d'un certain point

de vue, il néglige trop l'aspect mystique et intuitif. Il est avant tout une mise en équations de

fragments découpés un peu arbitrairement. Cet effort louable, qui heureusement a tendance à

disparaître, limite l'explication à un niveau primaire, exotérique.

Il est plus important de comprendre les lois qui président aux fondements de l'art.

Ces lois seront étudiées de manière détaillée dans plusieurs parties de ce cours. L'étudiant sera à

même de comprendre à quel point il est impossible de suivre la voie magique sans un guide sûr,

ayant une connaissance à la fois théorique et pratique, surtout désireux de ne rien occulter au nom

de prétendus secrets !

Les anciens expliquaient le fonctionnement de la magie d'une façon purement analogique, par

rapport à des modèles choisis dans le monde matériel perceptible (magie imitative et magie par

contagion). C'est ce qu'exprime La table d'émeraude attribuée à Hermès Trismégiste : «Tout ce

qui est en haut est comme ce qui est en bas.» Quelques grands initiés ont su très vite que ce mode

explicatif était non seulement sommaire mais ne correspondait pas à l'exacte vérité. Ne désirant

pas révéler, et par la même risquer de désacraliser les fondements en la croyance magique et dans

la religion, ne voulant pas remplacer par l'esprit des profanes une vérité rassurante et humaine, ils

voilèrent ces mystères trop abrupts, quitte à les révéler à ceux qui en étaient dignes. Ce qui fait

que bien souvent les enseignements de base recelaient de nombreuses explications fausses,

lesquelles étaient ensuite démenties. Les civilisations se succédèrent, les prêtres aussi, à force de

dissimuler et de coder, les dépositaires des mystères finirent par être victimes de la confusion.

Rares sont ceux qui possèdent encore les clefs, et dans ce cas, savent-ils encore à quelles serrures

elles correspondent ? C'est en expérimentant et en effectuant une lecture comparée des traditions

magiques de provenances différentes, que l'on peut espérer retrouver les mécanismes de base.

 

Source: Pierre Manoury

Date de dernière mise à jour : 24/09/2016

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